Alors que la situation de notre pays ne cesse de se dégrader « nos » politiciens locaux n'ont les yeux fixés que sur les prochaines échéances électorales pour sauver leurs postes ou conquérir des positions plus juteuses. Création pour les uns d'un « rassemblement », recherches d'alliances, mise au point de stratégies électorales pour les autres, tout y passe.
Pour ce qui est des graves problèmes auxquels se trouve confrontée notre peuple c'est le silence absolu. Pas l'ombre d'une prise de position sur les centaines de licenciements intervenus dans le secteur de la banane au cours de ces derniers mois, pas la moindre réflexion pour la sauvegarde voire le développement de la production d'ananas, pas la moindre tentative de relance de la production sucrière (à part injecter des fonds qui ne servent qu'à maintenir un semblant d'activité) pas la moindre dénonciation de l'augmentation réelle du chômage et de la précarité (à part les invitations à s'inscrire dans la logique de l'assistanat) pas le moindre appel à la mobilisation contre la poursuite du démantèlement de notre terroir agricole.
Alors à défaut d'adopter une posture de dignité ils sombrent chaque jour un peu plus dans la compromission tant avec l'état colonial français qu'avec les békés.
Leur dernière trouvaille a consisté à faire passer (en pure perte heureusement) la fable de la réconciliation.
Comme si la participation de quelques békés à des manifestations commémoratives du 22 mai 1848 suffisait à gommer la pérennisation d'un système d'où ils tirent aujourd'hui encore, avantages et profits colossaux.
Il ne s'agit évidemment pas de se recroqueviller sur le passé, mais de mettre un terme définitif à une réalité qui demeure une réalité coloniale. C'est en ce sens que l'exigence de la REPARATION doit plus que jamais être à l'ordre du jour.
Certains plus ou moins mal intentionnés à l'évocation de cette revendication poussent des cris d'orfraie, d'autres se gaussent. Tout cela ne saurait empêcher l'évolution progressive de cette exigence au sein de notre peuple. Afin qu'elle ne soit ni caricaturée ni dévoyée, il convient de préciser son contenu.
Il ne s'agit nullement ni de demander des comptes aux descendants des esclavagistes pour les crimes commis par leurs ancêtres, ni de démembrer les terres qu'ils occupent pour les répartir on ne sait comment ni quémander de quelconques aumônes à l'état français.
LA REPARATION autant qu'une exigence de justice est une nécessité politique, économique et sociale.
Le 1 er Acte de la REPARATION consiste à imposer à l'état français la reconnaissance de notre peuple en tant que peuple (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). Cette reconnaissance impliquant la mise en œuvre de notre droit en tant que peuple à la libre disposition de nous-mêmes autrement dit de notre droit à l'autodétermination : droit inaliénable reconnu aux peuples du monde entier et réaffirmé à maintes reprises par l'ONU. Droit surtout conquis par tous les peuples qui, par des moyens divers luttent ou ont lutté pour leur indépendance.
L'autre acte fort de réparation , consiste à récupérer la terre martiniquaise pour la remettre à la disposition de la collectivité martiniquaise. N'est-il pas juste en effet que cette terre occupée par les colons européens massacreurs des caraïbes, que cette terre enrichie par le sang et la sueur des esclaves ne soit plus la propriété des descendants des esclavagistes mais reviennent à la collectivité martiniquaise. De plus, seule la récupération de ce terroir agricole permettra d'en finir avec une agriculture coloniale pour promouvoir une agriculture martiniquaise répondant à nos besoins et contribuant à réduire notre dépendance alimentaire.
Un autre volet de la REPARATION consiste à effacer la prétendue dette des pays africains dépossédés de leurs fils et de leurs filles pendant toute la durée de la traite. Ce crime horrible contre l'humanité suivi de pillage des richesses de ces mêmes pays et de leurs endettements organisés par les puissances coloniales ne saurait rester sans suite. Le remboursement à l'état haïtien des sommes considérables imposés par la France pour la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti devra également se faire au titre de la réparation. Autant d'exigences qui constituent des axes essentiels dans notre combat d'aujourd'hui, aux antipodes des discours creux de nos politiciens sur la réconciliation qui en définitive ne peut que contribuer au statut quo avec le maintien des privilèges de la caste béké et de la pérennisation du vieux système colonial qu'il convient de liquider.
Fort de France le 12 mai 2006
J. P. ETILE