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22 Mé 1848 sé listwa pèp nou


22 Mé 1848 sé an dat ki ni anlo potalans adan listwa péyi nou, pas sé jou tala zanset nou zesklav rivé raché libèté yo. Sé jou tala yo oblijé lé blan rikonnet ki neg sé moun, sé pa zannimo oben mèb.

Kolonyalis fwansé fè tou sa yo té pé pou séwé sa ki pasé, padavwa yo té lé fè nou kwè ki sé yo, afos yo té bon moun, ki ba nèg libèté.
Mé moun matinik ki té ka kabéché asou listwa nou, afos chaché rivé pa twouvé lavérité.
Nèg té las soufè, las pwan fè, dépi lè yo té raché yo di tè yo lafrik, chayé yo kon bèt abò bato, koté anlo adan yo té ka mò, yo té las travay pou ayen ba sé blan an, ki té ni tout dwa anlè yo. Yo té ni asé épi zafé yo té ka konsidéré yo kon zannimo oben mèb. ki yo pé vann kon yo lé. Sé pou sa 22 mé 1848 yo désidé fini epi sa.
Yo sanblé pou yo té libéré ROMEN esclav yo té fèmen pas i té ka jwé tanbou, sa bétjé pa té lé. Mé lé blan pa té lé tann ak pou yo sé té yo ki té ni tout dwa, yo tiré épi fizi asou sé neg la.
Zesklav désidé réponn an mannyè fò ek yo koumansé fouté difé asou bitasyon ti bwen toupatou, yo té ka rélé yo té lé libèté, fok lesklavay té fini. Lè lé blan wè mannyè bagay-la té cho yo désidé bat dèyè ek mèt a mannyok koloni-a, kidonk gouvènè-a, sinyé an papyé ki té ka di tout zesklav té lib alè menm.
Sé alè nonm, fanm ek ti manmay neg péyi nou rété sibi tout lé mové trètman lé bétjé té ka fè yo wè, tout model tribilasyon ek yo vini dé moun épi dwa viv lib menm si sé té dan lanmizè.
Si pandan anchay tan lé kolonyalis, lé blan, chaché tout kalté mannyè pou kouyonnen nou, jòdi nou konnet listwa a, sé devwa nou sonjé konba zanset nou fè pou nou pé ni libèté.
Lè nou ka wè sitiasyon péyi nou jòdi, sa ki ni an lo tè, ki ni lanmen asou sa ka fet an péyi a, pou konpwann nou andwa gadé sa ki pasé antan lesklavay ek apré ki fè ki nou rivé la nou yé.
Jòdi, 22 mé sé an jou ki chomé, sé rézilta konba dé moun mennen pandan plizyè lanné, fok nou fété dat ta la kon sa ki ta nou, mé fok pa nou konsidéré sé an jou lafèt pou fè labonm epi sé tout.

22 Mé sé jou libèté, sé jou chenn pété.
Sé jou Matinitjé, sé pa jou lé Fwansé.
Sé jou lé maléré, sé pa jou lé bétjé.
Sé jou pou sonjé, sé pa jou pou bliyé.
Sé jou pou kontinyé lité, sé pa jou pou pozé.

Respé ek lonè pou zanset nou zesklav ki soufè anlo ek pou konba yo mennen.
Pou dinyité nou, woulo ba 22 Mé !


 

 

 

22 mai 1848, les esclaves brisent leurs chaînes

L’histoire de la commémoration du 22 Mai 1848 est un exemple concret des avancées qu’a connues notre peuple dans sa marche inéluctable pour la conquête de son entière liberté .

Aujourd’hui, pour les jeunes générations, le 22 Mai peut paraître comme un simple jour férié et chômé à l’égal du 14 Juillet, du 8 Mai, à la notable exception que cette date est en relation avec la lutte des esclaves. En effet, actuellement, le 22 Mai est devenu jour de fête, de réjouissances ou de simple repos pour les Martiniquais et les Martiniquaises.

En fait, ce jour n’est férié que depuis moins de 20 années, autrement dit moins de temps que la formation d’une génération.
De 1848 à la fin des années 1970, soit pendant plus d’un siècle, officiellement le 22 Mai n’existait pas. Seul le 27 Avril 1848, date où le gouvernement provisoire français de la II République (avec Victor Schoelcher comme secrétaire d’état aux colonies) adopta le décret d’abolition de l’esclavage, était reconnu et fêté.

La vérité historique veut que la glorieuse épopée de nos ancêtres qui arrachèrent le 23 Mai 1848 du Gouverneur français Rostoland la signature de l’acte d’abolition, autrement dit avant que le décret du 27 Avril n’arrive à la Martinique, a été plongée pendant des décennies dans l’oubli non seulement par le pouvoir colonial français mais aussi par les supposées élites politiques martiniquaises.
Il est important de comprendre que ceci s’explique aisément.

Aux lendemains de la disparition de l’esclavage, ni les français, ni les békés, ni les politiciens martiniquais de la petite bourgeoisie de couleur n’avaient intérêt à fêter une action d’éclat des masses noires martiniquaises. Voulant le maintien des liens coloniaux avec la France, tout ce beau monde souhaitait laisser les masses martiniquaises dans l’ignorance de leur propre histoire car la connaissance de celle-ci pouvait permettre aux masses martiniquaises de remettre en cause cette relation de dépendance. Il était donc important sinon décisif pour l’ensemble de ces forces sociales et politiques de persuader la majorité des martiniquais que son salut ne pouvait venir que de la France puisque celle-ci aurait spontanément et généreusement accepté de lui donner la liberté.

Ainsi donc pendant des années, à travers l’école, les moyens d’information, de manière tout à la fois réfléchie et criminelle, le pouvoir français et ses alliés en Martinique ont sciemment déformé l’histoire, l’ont tourné à leur façon et à leurs intérêts en vue de maintenir leur domination. Il est fondamental que les générations actuelles n’oublient pas ce fait historique car il démontre les capacités de mensonges et de déformation de la réalité des forces dominantes.

En réalité, on ne reparlera de la date du 22 Mai qu’à compter du moment où va apparaître en Martinique des forces politiques remettant en cause, même de manière timide, la domination et la présence française dans notre pays. C’est à la suite de l’apparition à la fin des années 1950 de parti martiniquais (le PCM et le PPM), de leurs prises de position pour l’autonomie (en 1960 pour le PCM et en 1967 pour le PPM), de l’émergence à partir de 1968 de groupes indépendantistes que le 22 Mai 1848 va resurgir dans le paysage politique martiniquais. Le mérite en revient aux communistes avec la publication à la fin des années 1960 de la brochure d’Armand Nicolas, à cette époque secrétaire général du PCM.

Mais cette première étape franchie, il faudra plus de 10 ans de lutte, pour imposer au pouvoir colonial et ses alliés en Martinique la reconnaissance officielle de la date du 22 Mai comme unique date de commémoration de la disparition de l’esclavage sur notre sol national. Il faut rappeler que pendant ces années, chaque 22 Mai, les forces démocratiques martiniquaises devaient se mobiliser pour faire fermer les administration et les lieux de travail, y compris par la force, et que ceci a entraîné des actes de répression du pouvoir colonial contre des militants qui ont été poursuivis en justice au nom de la pseudo-liberté du travail !

Que le 22 Mai soit donc aujourd’hui fêté et chômé n’est pas un cadeau colonial mais l’aboutissement d’une lutte de plusieurs dizaines d’années des forces progressistes et révolutionnaires de notre pays. En dépit de cette avancée historique, il existe encore des forces rétrogrades qui tentent de rabaisser la signification du 22 Mai. Ceci a été illustré au moment du cent cinquantenaire en 1998. A titre d’exemple, les écrits de Edouard Delépine du PPM voulant faire du 22 Mai une révolte d’esclave parmi d’autres sans tenir compte de sa signification historique et de la démonstration des potentialités des masses martiniquaises à défaire les forces coloniales en sont une illustration.

De même, on entend toujours un courant intellectuel qui soutient que de toutes les façons l’esclavage aurait disparu et qu’ainsi la révolution du 22 Mai était inutile. Il s’agit aussi d’une déformation de l’histoire. Considérer que l’esclavage a disparu, dans sa version américaine au sens large du terme, naturellement et non du fait de la lutte des esclave est une conception mécanique de l’histoire faisant fi de l’intervention des masses et de leur rôle comme forces motrices de l’histoire. S’il est vrai que l’esclavage était condamné du fait du développement économique (au même titre qu’historiquement le capitalisme est appelé un jour ou l’autre à disparaître de la planète), la disparition de ce système odieux a été accéléré et conforté par le combat des esclaves.

Il est important de voir qu’en 1848, l’esclavage a continué à exister au USA jusqu’à la fin de la guerre de sécession de 1863, dans les colonies portugaises et espagnoles. En outre, rien n’empêchait la France de réinstaller l’esclavage après l’avoir aboli comme cela s’était déjà passé au début du XIX siècle. Cela aurait d’autant été possible qu’en 1852 qu’en France, c’est le II Empire qui a succédé à la II République avec à sa tête le neveu de celui qui avait restaurer l’esclavage en 1802. Il est évident que le combat des esclaves et en particulier la Révolution Anti-esclavagiste du 22 Mai 1848 est un élément déterminant qui a empêché un retour en arrière des forces réactionnaires françaises.

Ainsi, le combat pour expliquer et pérenniser l’esprit du 22 Mai 1848 est toujours d’actualité au contraire de ce qui veulent laisser croire qu’il s’agit d’un objet de musée à admirer ou béatement ou même à négliger.

L’histoire du 22 Mai le démontre aisément et nous devons sans cesse répété aux Martiniquais que la liberté individuelle de nos ancêtres a été non pas un cadeau du colon mais bien l’aboutissement de leurs luttes et sacrifices et que ceci démontre que pour la liberté collective qui reste à conquérir, nous n’avons rien à attendre de la France mais uniquement de nos combats et engagements.


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